Pourquoi un parti d’objecteurs de croissance?

Interview de Réginald de Potesta, candidat de Vélorution!

J. – Pourquoi avoir décidé de fonder ce parti à contre-courant ? Alors que 
les personnes engagées dans la simplicité volontaire ne sont pas
favorables à avoir un rôle à jouer dans la politique.

R. Ca tombe sous le sens : La décroissance, ou l’objection de croissance est un projet politique en soi, et il est très différent du développement durable dont il dénonce l’imposture. Il faut donc le proposer à la Cité. Ce projet qui relève plus du bon sens (l’entropie, la thermodynamique en plus du constat de l’empoisonnement avancé de notre environnement et de la disparition de la nature…) que de l’idéologie et est doublé d’une préoccupation qui est certainement tout sauf idéologique, car basée sur la Science la plus dure : en effet cette dernière nous illustre avec une précision toujours plus grande, et pour le moins terrorisante, les échéances climatiques des conséquences de notre modèle énergétique.

L’enjeu: la biodiversité et nous-même. Qu’en est-il ? Le 3e rapport du GIEC (l’avant-dernier donc) a été mis très officiellement à jour le 15 février 2009 par 15 scientifiques dont notre climatologue néo-louvaniste Jean-Pascal van Yperseele, qui nous apprend que le seuil de dangerosité du réchauffement climatique se situe dès le premier petit degré de réchauffement moyen et non pas deux comme défini par l’UE en 1997 ou 1992 j’oublie toujours la date exacte de ce fameux 2°C sur lequel sont basées TOUTES les politiques climatiques. Nous savons aussi que le délai est de 50 années pour connaître toute l’amplitude du réchauffement provoqué par une émission et que donc, les 0,7°C de réchauffement global actuel par rapport à 1750 correspond à toutes les émissions jusqu’en 1960. Sachant que la planète a émis 4 fois plus de gaz à effet de serre depuis 1960 que entre 1750 et 1960, il faut donc s’attendre à connaître le quadruplement des effet à terme en 2050, soit 07°C + 4 x 0,7°C = 3,5 C° de réchauffement à l’horizon 2050. Maintenant nous savons que c’est dangereux dès 1°C puis la catastrophe dès 2°C, et donc avec 3,5 C° c’est une catastrophe encore un peu plus catastrophique. On nous prévoit actuellement un scénario où l’on  se retrouverait à 650 ppm de CO2 et 6°C de réchauffement global pour 2100 ce qui pourrait signifier pour la Terre la fin de toute vie par suite d’un emballement des rétroactions positives et le développement du syndrome de Vénus sur Terre, c’est en tout cas ce que prévoit James Hansen dès 650 ppm. Aujourd’hui nous sommes à 387 ppm de CO2 et selon James Hansen, il nous faut redescendre sous les 350 ppm pour conserver l’équilibre climatique que nous connaissons depuis plusieurs milliers d’années.

Non seulement aucune formation politique ne remet le développement durable en question, et aucune formation politique n’a pris en compte le rapport du 15 février pour adapter leur programme et les mesures nécessaires pour éviter une « catastrophe plus catastrophique ». Face à cette incurie, attentisme, inconscience, irresponsabilité, déni, il importe pour les candidats de cette liste de ne pas faire comme si on ne savait pas, et même si nos propositions semblent peu développées par rapport aux programmes des autres formations, nous savons que leur programme correspond à la programmation d’une catastrophe encore plus certaine, alors que nous vous proposons une échappatoire un peu radicale qui correspondrait idéalement de couper les vannes sachant qu’une simple diminution du débit ne règle en rien l’affaire vu que la baignoire déborde, elle déborde encore… Alors la Décroissance, c’est un compromis socialement plus acceptable que d’arrêter tout tout de suite.


J. – Que critiquez-vous et que revendiquez-vous?

R. Le développement durable comme expliqué ci-dessus qui est pour nous une imposture, et en fait une réponse du système capitaliste pour pouvoir continuer à produire, faire du développement (ça ne s’arrête jamais ce développement), tout en faisant croire que le social et la nature sont préservés. En effet, on a vu tous les partis verts qui étaient à l’orgine des gens très semblables aux objecteurs de croissance d’aujourd’hui, mais malheureusement, cette prise de conscience de la fin des années 60 et du début des années 70 (Club de Rome 1972, ONU Stockholm 1972) a été battue en brèche par une crise énergétique (1973), une révolution néo-libérale (Tatcher-Reagan-OMC) et par la production de la doctrine issue du rapport Brundtland, en 1987, le fameux développement durable qui a permis aux partis verts du monde entiers de se dissoudre dans une croissance et un capitalisme peints en vert, tout est vert. Mais c’est toujours la même m… et depuis l’an 2000, la croissance mondiale est passée de 1% par an à 3% (corrélée complètement avec les émissions de gaz), donc, ça va vraiment en s’empirant, développement durable ou pas depuis 22 ans déjà.

Nous revendiquons une sortie expresse des énergies toxiques : sortie du fossile, si possible une décarbonisation totale en 15 ans, 20 ans au pire, et la sortie du nucléaire. La relocalisation de la production. Des circuits courts. la simplification aussi de nos besoins, suffit cette débauche d’objets dont l’obsolescence est de plus en plus rapide : Le pick up a tenu des décennies avant que le radio cassette et les walkman n’arrivent, après les cassettes, les CD disc compact, le discman, puis très vite après, le DAT, puis le minidisc, puis le MP3, puis le lecteur DVD portable, les GSM, les GPS, les PDA, les laptop, les mini PC maintenant, et quoi demain… Ceci n’étant qu’un tout petit aspect cette monstruosité économique de la techno-science au service du marché et du profit, exemple que l’on peut appliquer aux automobiles que l’on tenait encore bien 10 ans et plus à la bonne époque et que les entreprises remplacent aujourd’hui bien avant leur deuxième année d’amortissement par de nouvelles voitures « plus propres » (50% du parc belge est détenu par les entreprises) ! 

Donc pour Bruxelles, il va sans dire que nous réclamons une réduction maximale de la pression automobile  dans le centre ville et d’au moins 50% pour l’ensemble de la région à terme du mandat régional en 2014 et programmation du bannissement du moteur à explosion et le financement par un péage urbain de la gratuité et du développement des transports mis à disposition du public dans la région bruxelloise. Question de santé publique oblige connaissant l’hécatombe de plus de 400.000 européens qui meurent chaque année de la pollution automobile en perdant 24 mois d’espérance de vie, si je me souviens bien des chiffres… En effet, depuis l’instauration des pots catalytiques, soit disant destinés à filtrer les particules, la mesure ne fait en fait que diviser celles-ci en nano-suies indétectables et non mesurées qui peuvent alors s’infiltrer durablement dans nos organismes.

Il faut que cela cesse, les affections respiratoires ont vraiment explosé dans toutes les tranches de la population et l’on a vu l’explosion de l’asthme et des épidémies de bronchiolites chez les nouveaux nés, un sur trois serait  touché aujourd’hui à Bruxelles !


J. – Quels sont les objectifs/ attentes en vue du scrutin de juin 2009 ?

R. Offrir une tribune à l’objection de croissance, révéler notre « mal-développement », faire débat, susciter l’envie d’autre chose, remettre en question cet impératif de la croissance soit disant panacée pour tous nos maux mais en fait source de tous ces derniers. Nous espérons aussi qu’Ecolo se sente menacé et décentre son discours pour retrouver sa radicalité d’antan, qu’il renonce au développement durable et s’engage dans la simplicité volontaire et l’objection de croissance.

En terme électoralistes, nous espérons bien faire des élus, mais nous sommes bien conscient que nous ne pourrons pas toucher beaucoup de monde comme le peuvent les partis traditionnels et dès lors, si nous dépassons 1% nous pourrons dire que c’est un très bon score et réussi notre pari, si nous dépassons 2% (très grande victoire) cela voudra dire pour Bruxelles que nous aurions eu droit à un élu si les Ecolo et Groen n’avaient pas voté avec les autres partis pour fixer le seuil de représentation à 5% des suffrages, scandale anti-démocratique, car évidement, atteindre les 5% des suffrages semblent en effet, pour l’heure, inaccessible.


J. – Comment vous distinguez-vous du parti Ecolo?

R. Je crois que  c’est clairement dit déjà, Ecolo s’est dissout dans l’économisme dominant, pour eux, il faut de la croissance pour faire face aux enjeux du réchauffement climatique. Toute l’originalité et l’âme du mouvement ont disparu. L’impératif européen de Lisbonne, approuvé par les verts belges, en ce qui concerne la compétitivité donne droit à de graves dysfonctionnement écologiques et sociaux, tout cela à la suite de la doctrine du développement durable qui n’est autre qu’un cache sexe pour croissance durable. Vélorution avec 1.453 votes leur a juste empêché d’être devant le CDH sur Bruxelles-Halle-Vilvorde au scrutin prédent pour mille et quelques voix, mais sans effet encore sur leurs propositions. La direction d’Ecolo et l’écologie, ça fait deux. 



J. – Est-ce que la simplicité volontaire fait aussi partie de votre quotidien
? Comment?

R. – J’habite  dans un « habitat solidaire » où vivent environ 60 personnes :
http://www.123rueroyale.be
http://www.politiquedesgrandesvilles.be/content/what/expertise-development/knowledge-production/researches/07-0627_def-habitat_solidaire_fr.pdf

- Je roule à vélo, je ne prends plus l’avion, je n’ai pas de permis de conduire.
- Je mange très peu de viande et souvent de la « récup », c-à-d que nous recevons les invendus du jour de 5 supermarchés des environs de notre habitat, c’est incroyable ce qu’on jette, – et nous organisons la tournée de ces magasins tous les soirs et nous partageons la bouffe récupérée. Nous faisons la même chose avec le marché matinal où parfois, même souvent, les marchands nous reconnaissent et nous donnent/réservent des denrées en bon état.
- Je fais connaître et tente de donner consistance politique à la décroissance en politique depuis les fédérales de juin 2007 et je réunis à ces occasions de nouvelles générations d’objecteurs de croissance convaincus ou qui s’ignoraient comme Monsieur Jourdain.

- Je ne suis pas complice d’une production polluante, je travaille un jour par semaine dans une librairie de seconde main et par là je participe d’une économie sociale et sauve des forêts !

- J’ai hérité de la plupart de mes ameublements et autres équipements ou alors je les achète en seconde main.

- Je milite dans plusieurs associations, NATO Game Over (les alliances militaires créent des guerres, cf. l’OTAN (et la Belgique) en Afghanistan, et depuis la 2nde guerre mondiale, nous sommes repassé quelques fois à côté d’une deuxième guerre nucléaire fatale), Cacheurs de pub (le consumérisme et la publicité sont un fléau), Wooningen 123 Logements asbl (la part excessive du pouvoir d’achat consacrée au logement alors que des millions de mètres carrés restent vides à Bruxelles).
- J’ai donné deux conférences à l’invitation des étudiants du cercle de Sciences Politiques de l’ULB et des étudiants de la section d’Ecologie Sociale de l’Ecole Ouvrière Supérieure en février 2008.

2 réponses à “Pourquoi un parti d’objecteurs de croissance?”

  1. Christophe dit :

    Ne nous payons pas de mots, la décroissance n’est pas une question de bon sens, mais bien d’idéologie au sens noble du terme.
    Quand on lutte contre l’évidence de la croissance (qui se réclame aussi du bon sens), on peut tenter de se donner la peine de réhabiliter un terme comme « idéologie ».
    Laissons le bon sens à la LDD!

    Par ailleurs, cet argument-ci est très contestable :
    « Sachant que la planète a émis 4 fois plus de gaz à effet de serre depuis 1960 que entre 1750 et 1960, il faut donc s’attendre à connaître le quadruplement des effet à terme en 2050, soit 07°C + 4 x 0,7°C = 3,5 C° de réchauffement à l’horizon 2050. »

    Il suppose que le réchauffement est linéaire, ce qui est loin d’être prouvé. Si l’on se réclame des sciences dures, il faut écouter jusqu’au bout les discussions scientifiques.

    « a fin de toute vie par suite d’un emballement des rétroactions positives et le développement du syndrome de Vénus sur Terre »

    De nouveau, tâchons d’être sérieux. La fin de la vie sur Terre alors qu’une nuit de plusieurs années suite au crash de la météorite qui a mis fin au règne des dinosaures (-65 Mannées) n’y est pas parvenu, c’est du délire pur et simple.
    Même l’homme ne disparaîtrait sans doute pas, puisqu’il dispose des technologies lui permettant de s’adapter. Rappelons-nous que les humains vivent du Sahara au Pôle Nord et de l’Himalaya au Pajottenland!
    La vraie question est de savoir quelle vie nous voulons, quelle est notre responsabilité et quelle place nous pouvons raisonnablement prendre sur Terre.

    Pour le reste, parfaitement d’accord, tant sur les objectifs de la liste que sur la nécessité de remettre en question la fuite en avant consumériste qui nous tient lieu de progrès…

  2. Christophe dit :

    en tout cas, me moins qu’on puisse dire, c’est que c’est animé, par ici!

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